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Henri Bourassa

Directeur du Devoir

La Politique et les Partis

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LE I>E\ OIR

Le Devoir est le journal des gens qui pensent.

Le Devoir est le donneur de mots d'ordre, l'excitateur d'énergie.

Répandre le Devoir c'est aider au développement de toutes nos res- sources nationales.

Lire le Devoir c'est ap(prendre à être patriote, mais un patriote qui comprend le sens véritable du patriotisme et qui pratique ce qu'il comprend.

Il est facile d'aider le Devoir,

En le lisant

En le faisant lire En versant des abonnements de

propagande

Et aussi en le favorisant et en le faisant favoriser par ceux sur qui on exerce une influence, un ascendant ou une autorité quelconque.

LE DEVOIR

Henbi Boukassa Geobobs PKLLrmi

Diretteur Âdminiitraleur

336,-340, rue Notre-Dame est, Montréal

L'abonnement au Devoir est de $6.00 par année; pour l'édition heb- domadaire, $2.00 par année. Spé- cimens sur demande.

Henri Bourassd

Directeur du Devoir

La Politique et les Partis

Comment voter?

Discours

prononcé à TÂrena

le 9 septembre 1926

La Politique et les Partis

Comment voter?

Monsieur le Président,

Mesdames, Messieurs,

Avanl d'aborder les principaux problèmes qui s'imposent à l'atten- tion du peuple canadien, qu'il me soit permis d'exprimer brièvement ma vive reconnaissance et celle de mes dévoués collaborateurs à tous ceux qui ont contribué, de près ou de loin, à l'organisation et au succès de cette assemblée. Tous ensemble, nous plantons ce soir le jalon d'une nouvelle étape dans la marche as- cendante de l'idée lancée, il y aura bientôt trente ans, pour la défense du patrimoine moral et matériel de la nation canadienne, pour l'union féconde et durable de tous ses en- fants dans un commun attachement a la patrie canadienne, l'unique pa- trie de tous les vrais Canadiens.

Honneur et merci aux nationalis- tes de la première heure, et de la dernière aux nationaJistes intel- ligents et constants, qui ont compris n.nspiration première de ce mouve- ment et qui sont restés fidèles à sa pensée véritable et constante, aussi éloignée du chauvinisme de race et de la haine des peuples étrangers que de l'impérialisme orgueilleux et cupide contre lequel nous luttons depuis un quart de siècle.

Honneur et merci aux libéraux et aux conservateurs honnêtes, que l'esprit de parti n'aveugle pas au point de leur faire méconnaître la force de reconstruction sociale que renferme le nationalisme tel que nous le comprenons, tel que nous nous efforçons de le vulgariser et de le pratiquer. Ceux-là se rendent compte que tous les partis ont à ga- gner dans le succès des idées et des réformes que nous préconisons.

Quant aux partisans étroits, aveu- gles et rageurs, leur haine s'expli-

que. Ils sentent d'instinct, même s'ils ne comprennent pas, que tous les gains de l'idée nationale repré- sentent des pertes pour l'esprit de coterie dont ils vivent et profitent et qui a fait tant de mal à la nation. Leurs vitupérations constituent un témoignage involontaire mais d'au- tant plus éloquent en faveur de no- tre oeuvre. Il faut leur en sa- voir gré.

Les services de la "Patrie'

Nous manquerions à toutes les règles de l'équité si nous n'expri- mions notre gratitude toute particu- lière envers la Patrie la foule conspue le nom de la Patrie. M. Bourassa: "Pardon, Messieurs, vous ne répondez pas à ma pensée car la Patrie, ses bailleurs de fonds et son "roulant" comme l'appelle notre ami Pelletier ont droit à toute notre gratitude pour les services signalés qu'ils nous rendent de ce temps-ci: au Devoir, dont ils font croî- tre chaque jour le tirage; à la cause nationaliste, dont la splendeur s'éclaire au contraste des acres fu- mées de l'égout par s'écoule la prose des scribes gagés du sénaleun. Lespérancc; à moi-même, à qui ce flot d'injures vaut l'adhésion de plu- sieurs conservateurs, en'durcis mais propres, qui veulent préserver la semelle de leurs chaussures du ruis- seau où le nouvel organe tory-i)ro- tectionniste-meigheniste-patenaudis- te-espérantiste menace de noyer dans la fange tous ceux qui se lais- seraient entraîner dans son sillage. Grâce aux bons offices de ces vi- dangeurs de la presse montréalaise, le candidat officiel du parti conser- vateur et le candidat de jirédilec- tion du sénateur L('si)érance. dans le comté de Labelle. perdront tous deux leur dépôt, marcli prochain.

.Te laisse aux libéraux le soin d'exijrimer leur reconnaissance à ces nu'ssieurs restons jiolis qui, acharnés contre moi, oublient de combattre les soixante-<iuatre

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candidats de M. King dans le reste de la province.

Peut-être en est-il, parmi vous et parmi les honnêtes gens de toute opinion, dans la province, qui prennent plus à coeur que moi ce dévergondage d'injures grossières et de calomnies effrontées. C'est qu'ils n'ont ])as sondé comme moi, depuis i)his d'un quart de siècle, la profondeur de la bassesse de certai- nes âmes et la vilenie de certaines intelligences si âme et intelligen- ce il y a. A ceux-là, je me permets ■de donner un conseil: ne vous en prenez i)as aux misérables scribes, aux manouvriers à tout faire, dont la plume et l'encre expriment tout animalement les ignominies que leur dictent ceux qui les payent. Si vous voulez demander des comptes, demandez-les à ceux qui sont res- ponsables de ces tactiques et qui en profitent: à M. Patenaude et ses can- didats, et non pas aux humbles ou- vriers, fussent-ils bibliothécaires de Saint-.Sulpice. qui, i)our le pico- tin d'avoine qu'on leur sert font n'im)K)rte ([uelle sale besogne. Le Devoir a déjà posé la ques- tion, je la répète ce soir, pour la satisfaction des honnêtes gens: M. Patenaude et ses candidats prennent-ils à leur comi)te la cam- pagne de la Patrie? L'apijrouveni- ils? Si le désaveu ne vient pas, clair et net, d'ici le 14 septembre, vous saurez tous à quoi vous en tenir sur la grandeur ■d'âme, la no- blesse de pensée et la rectitude d'intention du nouvel acolyte de M. Meighen et de ses candidats dans la province de Québec.

Abordons maintenant, en termes forcément succincts, les questions soumises au corps électoral.

Le tarif Vraie el fausse protection

D'abord, le tarif. Les hommes "graves" ... et les farceurs m'accu- sent volontiers de ne pas prendre cette question au sérieux. Enten-

dons-nous. En théorie, le libre- échange m'a toujours apparu com- me la doctrine économique la plus rationnelle, la seule vraie. Mais, vu les conditions actuelles du monde et la situation particulière du Cana- da, elle est inapplicable. Voisins du pays le plus intensément productif et protectionniste du monde, il nous faut nécessairement maintenir un tarif douanier qui protège nos in- dustries naturelles contre la con- currence écrasante des industries similaires des Etats-Unis. Il est juste et nécessaire de protéger les industries qui mettent en valeur les produits naturels du sol cana- dien, le capital placé dans ces en- treprises et la main-d'oeuvre cana- dienne qui les met en valeur. Mais j'ai toujours dénoncé et je dénonce plus fortement que jamais le régime abusif qui permet à d'effrontés spé- culateurs de créer des industries tout artificielles, de les surcapitali- ser sans restriction et d'exploiter la masse des consommateurs en leur vendant une foule d'objets nécessai- res ou utiles à des prix surélevés, grâce à l'opération d'une politique si faussement appelée nationale. Telle était ma doctrine économique quand je suis entré au Parlement, il y a plus de trente années; telle elle est aujourd'hui, fortifiée par une longue expérience, par l'observa- tion des mouvements économiques du monde et par une étude aussi attentive de ces problèmes qu'en a pu faire un homme réputé "pas pra- tique" — entendez un homme qui ne veut pas vivre aux dépens d'au- trui ni se faire le complice des vam- pires qui s'engraissent aux dépens de tout le monde.

C'est ])ourquoI je n'admets pas la protection telle que préconisée I)ar MM. Meighen et Patenaude. (Ap|)l.)

Quant à l'attitude i\os deux grands partis eu ces matières, comment pourrions-nous la prendre au sé- rieux? Vin juin 1«S()(). le parti libéral s'est emparé du pouvoir en dénon- çant la protection comme un "voi

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organisé". Une fois en office, les libéraux ont maintenu presque in- tact le tarif établi par les conserva- teurs. L'an dernier encore, meig- henistes et patenaudistes, ceux-ci tout particulièrement, ont loué à l'infini le tarif Fielding, que leurs prédécesseurs, sous la direction de sir Charles Tupper, avaient pour- tant dénoncé de toutes leurs forces. Le suave M. Patenaude, l'automne dernier, découvrait cette merveille économique, un tarif élevé, comme solution à tous nos maux. M. Pate- naude est jeune encore. Il croit ou fait semblant de croire aux i)anacées. Depuis 189G, les deux "grands" partis ont gouverné tour à tour le Canada et commandé sa politique tarifaire. A chaque élection, leurs candidats respectifs, leurs parleurs publics et leurs journalistes sala- riés, exaltent ou dénoncent la pro- tection, les uns ])romettant de rele- ver le tarif jusqu'à la hauteur de la muraille américaine, les autres, de le raser jusqu'au sol; mais une fois les élections faites, le tarif ne chan- ge pas ou à peu près. S'il reste en- core des naïfs pour prendre au sé- rieux ces creuses déclamations, je n'en suis pas et je ne crois pas être pour cela moins "pratique".

Préférence anglaise Automobiles

A maintes reprises, j'ai interrogé des industriels et des hommes d'af- faires sérieux, de ceux qui font sé- rieusement leurs affaires et qui ne s'en servent pas pour faire de la po- litique. Leurs seules objections por- tent sur le tarif de faveur accordé aux produits britanniques. Or, cette préférence anglaise, que nous avons adoptée i)our prouver aux Anglais que nous les aimons plus qu'ils nous aiment alors que nous ne i)rouvions (lu'une chose c'est que nous soninu-s plus bêtes qu'eux, le j) a r t i conservateur, après l'avoir critiquée dans l'opposi- tion, n'y a pas touché du- rant les dix années qu'il a exercé le

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pouvoir. Encore à la dernière ses- sion, M. Meighen et son groupe ont laissé voter le budget sans proposer la moindre modification à cet égard. Pourtant, en octobre, M. Monty, que M. Mei^en a depuis dé- posé au bord du fossé sur une pelle fournie par M. Patenaude, avait prédit que les conservateurs fe- raient disparaître la préférence bri- tannique. En Chambre ils n'en ont rien fait. Depuis vingt-cinq ans, je reste le seul homme public qui n'ait cessé de réclamer, à la Chambre ou ailleurs, la révocation de la préfé- rence anglaise ou, du moins, une modification substantielle qui atté- nuerait le tort qu'elle cause à quel- ques-unes de nos industries natio- nales, notamment à celles des chaussures et des lainages. Qu'on me permette donc de continuer à rire au nez des politiciens sans ver- gogne qui persistent à vouloir per- suader au bon j)euple que l'existence de la nation tient à des change- ments de tarif, lesquels, du reste, ne se produisent jamais.

Mentionnerai-je en passant la farce montée à la Chambre, durant la dernière session, à propos de la réduction des droits sur les auto- mobiles importés des Etats-Unis? La prétendue industrie "nationale" de l'automobile se compose presque entièrement d'aleliers les gran- des fabriques américaines font ras- sembler les i)ièces fabriquées aux Elats-l'nis et ex])orlées en franchise au Canada, l'ue fois la voiture mon- tée, elle est vendue aux Canadiens à un prix qui surpasse celui de la même voilure américaine de l'exact montant du droit prélevé à la fron- tière. C'est cet abus que le Parle- ment a corrigé en partie, grâce au budget pré|)aré par M. l^obb. un bon petit lù'ossais (ai)|)I.). M. Meig- hen et ses acolytes ont |)salmodié toutes les lamentations de ,h''réiuie sur ce coup mortel porté à l'indus- trie nationale. M. Mobb ne s'est pas laissé attendrir. Il n'y avait pas à s'émouvoir. Les usines d'Oshawa ont fermé leurs portes, le vendredi,

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pour les rouvrir le lun-di après un i)ique-ni(iue monstre à Ottawa; et depuis, le commerce des autos continue d'aller mieux que jamais. Ce n'est sûrement pas cet é|)isode grotesque qui nous induira à écouter plus sérieusement les tirades i^ro- îcctionnistes de M. Meighen, de M. Palenaude et de leurs perrocpiets de tout i)Iumage, y compris ceux du roulant de la Patrie.

L'impôt et la famille

Mais il est un autre aspect de la question qu'il importe de signaler: c'est l'asjject social. .Jusqu'ici, en notre i)ays, on a toujours envisagé ces (piestions du seul i)oinl de vue argent: cai])ital, dividendes, salaires, etc. On a méconnu totalement l'effet du régime écononiitpie sur la vie sociale, et particulièrement sur la famille. Les iirotectionnistes préten- dent que, de toutes les provinces du Canada, la nôtre est la plus intéres- sée au maintien du régime. Si l'on envisage le problème au i)oint de vue de la famille, c'est le contraire qui est vrai. De toutes les provinces (lu Canada, le Québec est celle qui renferme le plus grand nombre de familles nombreuses. Or, les taxes de consommation atteignent iirinci- ))a!ement les familles nombreuses. C'est donc la province de Québec qui a les meilleures raisons de s'op- poser à un tarif douanier qui re- hausse le i)rix des objets de con- sommation essentiels: matières ali- mentaires, vêtements, outils de tra- vail, etc., que cette élévation de jjrix résulte des taxes ]jrélevées à la frontière sur les marcbaniiises im- portées, ou qu'elle rei)résentc le I)rofit additionnel encaissé par le fabricant canadien, grâce à la taxe douanière. Dans tous les cas cette prétendue i)rotection ne con- tribue ])as à mettre en valeur des matières iiremières tirées du sol ca- nadien, elle i)rotège quelques profi- teurs aux dépens de la masse des consommateurs; elle opprime sur- '.ou* les familles nombreuses.

Le même souci au sujet des pères de familles nombreuses détermine mon attitude sur tous les autres im- pôts, notamment l'impôt sur le re- venu. Depuis nombre d'années no- tre législation fiscale, s'inspirant de celle d'Angleterre et de celle de France, se fonde pour ainsi dire sur le malthusianisme. Le législateur avait établi l'impôt sur le revenu en oubliant qu'il y a des pères de fa- milles au Canada. Les rédacteurs d'un petit journal, dont la valetaille gagée de la Patrie n'est pas digne d'essuyer les bottes, ont été les pre- miers à protester. Et ils ont fini par obtenir une exemption de $200, plus tard portée jusqu'à §500, pour chaque enfant dépendant; la mise sur un ])ied d'égalité des époux com- muns en biens et des époux séparés de biens.

M. Patenaude, l'an dernier, com- me adversaire et. cette année, com- me allié et partenaire de Monsieur Meighen, affirme qu'une pro- tection plus élevée empêcherait nos gens d'émigrer aux Etats-Unis. C'est une théorie vieille d'un demi-siècle et complètement détruite par les faits, yl. Patenaude va puiser dans les vieilles rengaines libérales d'il y a 54 ans pour se refaire ur.e vir- ginité on ne sait trop de quelle cou- leur. Les mouvements migratoires entre le Canada et les Etats-Unis se sont produits constamment, avec plus ou moins d'intensité, en raison de circonstances variables mais toutes étrangères au tarif douanier. Par contre, il serait facile de dé- montrer que le régime i)rotection- niste, en créant des industries ar- tificielles, a contribué à attirer vers les centres urbains des milliers de laboureurs (pii. une fois déracinés du sol natal, sont devenus le jouet des courants économi(iues, passant d'une ville ou d'une province à l'autre, et du Canada aux Etats-Unis ou inversement, selon les aléas du commerce et de l'industrie. ICt clio- se étrange à constater, ceux qui se sont enrichis grâce à li |i'otectio:i

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sont souvent les plus empressés à exporter leurs c;ii)itaux, par exem- ple l'homme qui, i^ràce au sïouvcr- nement de Québee, est en train «le posséder la ville de .Montréal, sir Herbert Holt. Ce sont ces mêmes farceurs, gavés de notre or et parés de titres achetés parfois à la Cou- ronne d'Angleterre, qui viennent nous dire d'acheter des i)roduits ca- nadiens alors qu'eux-mêmes expor- tent les capitaux que leur procu- rent leurs entrei)rises un peu aux quatre coins du monde, aux An- tilles, en Europe, en Orient. Que M. Ilolf. nota;nineiit. fasse le bilan de sa fortune el l'on verra que ce cham- pion de la protection a placé la plus i*ran(ie i)artie de sa for- tune à l'étranj^er. Il serait donc plus exact de dire que la pro- tection a été la cause principale de l'émigration aux Etats-Unis, si à cette cause vieille de cinquante ans n'était venue s'ajouter celle beau- coup i)lus grave et plus intense de la guerre et de ses suites.

Relations impériales

Aucun de mes auditeurs, ce soir, ni personne au Canada ou ailleurs, ne s'étonnera si je place au premier plan de nos problèmes nationaux, non pas la conscription, conséquen- ce logique de l'attitude prise dès le début de la guerre par les conser- vateurs et par les libéraux, mais la politique qui nous a entraînés dans l'abîme et qui nous précipitera dans la prochaine guerre, plus effroyable que l'autre, si nous ne prenons dès maintenant les soins nécessaires pour éviter cette catastrophe.

Cette politique, vous le savez, je la combats depuis bientôt trente ans, sous toutes ses formes et dans toutes ses manifestations: ))articipa- tion à la guerre d'Afrique, on 1899, alors qu'il s'agissait d'une injusti- ce commise envers un peuple fai- ble, établissant i)our notre pays un précédent dangereux; projet de marine, "canadienne en temps de paix, impériale en temps

io- de guerre", selon la définition de M. Fielding, en 1911; contribution dite d'urgence, offerte à l'Angleter- re, en 1913, par le minisitère Bor- den autrement dit l'aumône du Ca- nada à son banquier, cette pauvre Angleterre qui prêtait alors à l'uni- vers et particulièrement à tous les gouvernements canadiens, fédéral, provinciaux et municipaux; par- ticipation à la guerre de 1914, sans limite d'efforts ni res- triction de principes. Au cours de cette lutte, nous nous sommes trou- vés d'accord, parfois avec des con- servateurs contre les libéraux, par- fois avec des libéraux contre les conservateurs. Ce fut le cas en 1911 et en 1913. Grâce à ces concours de passage, à la constance de notre idée, nous avons épargné au Ca- nada les centaines de millions qui se seraient engloutis dans l'une ou l'autre politique navale. En 1899 et en 1914, nous avons tenu tète aux deux partis. Naturellement, la force du nombre l'a emporté sur la force du droit et de la raison. Mais cette lutte a-t-elle été stérile? N'a-t-elle pas préparé le réveil du sentiment national, du sens des responsabili- tés et du simple instinct de conser- vation, qui se manifestent aujour- d'hui? Cette réaction salutaire ne demande qu'à se raffermir sous une saine direction politique pour ra- mener le Canada dans la voie nor- male de ses traditions et de ses espé- rances.

Tout au long de cette lutte, nous avons pris i)our guides et pour mots d'ordre les iirincipes solides et les maximes éminemment sages des Pères de la Confédération, ("est au nom de ces principes et de cette Ijolitique véritablement nationale que nous avons dénoncé toute forme (le i)articipation aux guerres de l'Angleterre étrangères au Canada. Kn poursuivant cette lutte, nous n'avons pas seulement défendu les droits (le la nation canadienne, la seule p{)liU<iue propre à assurer la paix intérieure et extérieure du Ca-

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nada, la seule à laquelle puissent se rallier tous les éléments hétérogènes qui le jieuplent: nous sommes res- tés fidèles aux véritables traditions britannicjues, nous avons contre- carré les desseins et les Cintreprises les plus propres à rompre trop tôt les liens d'affection, de confiance ou d'intérêt mutuel qui unissent le Canada à l'Angleterre. En combat- tant de toutes nos forces et sur tous les terrains le nouvel impérialisme anglais, nous avons donc tout à la fois rempli notre devoir de Cana- diens et de sujets britanniques.

Et en cela nous n'avons fait que suivre les principes établis par MacDonald et Cartier dont les con- servateurs d'aujourd'hui se récla- ment avec d'autant i)lus de bruit qu'ils oublient complètement ces mêmes principes.

Dès la Confédération Cartier et MacDonald posaient en principe que le Canada ne devait pas faire plus que défendre son territoire. En 1871 Cartier disait que si nous avions eu à défendre nos frontiè- res contre les Féniens, c'était à la politique irlandaise de l'Angle- terre et que celle-ci aurait nous rembourser. Elle n'en fit jamais rien. Tant mieux mais de notre cô- té soyons donc assez intelligents pour garder notre argent.

Un peu plus tard l'Angleterre subissait un affront. Un général anglais était massacré au Soudan. Pour se venger l'Angleterre fit ap- j)el au Canada. MacDonald refusa de contribuer d'un seul homme ou d'un sou.

Cinq ans après sir Charles Tup- per, successeur de MacDonald, après un court interrègne, décla- rait que l'idée de faire participer le Canada à la défense de l'Empire était monstrueuse, (|ue c'était la ma- nière la i)lus sûre de hâter la rup- ture du lien britannique.

Je fais donc appel à tous les con- servateurs, non les conservateurs de

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piastres et d'écus mais les conserva- teurs de principes, pour qu'ils lous aident à nous défaire des hommes qui battent en brèche les vieux principes de leur parti.

Saine réaction

Tous les pays d'Empire sont au- jourd'hui en pleine réaction contre la politique néfaste et criminelle inaugurée par Joseph Chamberlain dans la conquête brutale des petites républiques hollandaises de l'Afri- que-Sud. Par tout le monde britan- nique, l'on commence à compren- dre que le plus sûr moyen de dé- truire l'Empire, c'est de vouloir assujétir les jeunes nations autono- mes qui en font partie aux entrepri- ses de conquête militaire ou com- merciale de la Grande-Bretagne. Partout l'on revient aux saines no- tions pratiquées sous le règne glo- rieux de Victoria; on comprend que l'accord ne peut subsister entre les divers pays qui portent à la couron- ne d'Angleiterre la môme allégeance et le même respect, qu'à la condi- tion de poursuivre, chacun dans sa sphère, la mission pacifique et fé- conde que leur tracent le génie par- ticulier de leur peuple et les condi- tions essentielles de leur histoire et de leur situation géographique. Dans ce retour à la vérité, à la paix, à la justice et au bon sens, reste- rons-nous en arrière? Accorderons- nous notre confiance aux hommes qui ont été les plus ardents, les plus entêtés à nous faire boire jusqu'à la lie le calice de la Grande Guerre? à ceux qui, en 1922, étaient i)rêts, oui, prêts (readi], ayc, readif) à nous saigner de nouveau à blanc, sur le simple désir d'un ou deux politi- ciens de Londres? Ne prêterons- nous pas plutôt main-forte à ceux qui ont su i)rofiler des leçons de la Grande Guerre, qui s'efforcent au- jourd'hui de nous ramoner dans la voie des saines traditions et de faire échec aux fauteurs d'impéria- lisme?

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M. King et la guerre

Dans huit des neuf provinces les tories reprochent à M. King de n'èlrc pas allé à la guerre. M. Mcighen non \ûus, du reste; ni M. Patcnaude. JLe crime de M. King est-il de n'avoir pas travaillé à en- voyer nos fils à la boucherie? Aux yeux (les gens qui jugent que c'est le devoir du Canada de se ruiner pour la gloire de l'Angleterre, c'est peut-être un crime. Aux yeux des vrais Canadiens, ce devrait être un motif de plus jiour appuyer M. King et lui permettre de porter à Lon- dres, à la prochaine conférence im- périale, l'expression de nos senti- ments et d'y parler le clair langage d<? la nation canadienne, fidèle au roi d'Angleterre, mais fidèle aussi à elle-même, à ses fils, à son avenir, à sa mission comme peuple d'Amé- rique. Ce fut, en tout cas, et c'est en- core mon principal mot.f d'appuyer M. King et son parti, purgé des mau- vais éléments qui l'ont dominé de 1899 à 1917, de préférence à M. Meighen. dominé par la clique tory-orangiste, dont les hurlements couvrent sans peine, dans les con- seils suprêmes du parti conserva- teur actuel, les mélancoliques mélo- pées de M. Patenaude. Le Ready, Aye, Headij, de M. Meighen, au mo- ment ou les Turcs poussés par les Français, allaient être aux prises avec les Grecs, «outenus par les An- glais, au sujet •de quekiues puits de pétrole en Mésoijotamic ou ail- leurs, n'est pas encore effacé, mal- gré le discours subséquent du chef conservateur à Hamilton.

Car il ne faut pas oublier que lorsque les dépêcheft diplomatiques parlent de civilisation à défendre ou (le barbarie à écraser, il faut lire, puits de pétrole ou autre cho- se du même genre. Il est temps que nous apprenions pourquoi nos deux mères patries se sont battues même pendant la grande guerre.

Au moment de la menace de con-

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flit gréco-turc, M, Meighcn, s.'ïiis ré- fléchir, répondait à l'appel de Lon- dres; Prêt, je suis prêt. M. King, sans répondre trop énergiquement, ne s'engageait à rien. Plus tard, M. Meighen a fait mine de se repren- dre à Haniilton. En Chambre, je l'ai prié poliment de s'expliquer nette- ment là-dessus. M, Meighen n'a pas daigné le faire. Je vois que l'un des jeunes Eliacins qui joue de l'encensoir autour de M. Patenaude se scandalise de ce que je sois po- li envers M. Meighen sans parta- ger ses opinions. Ceux qui fréquen- te les goujats de la rue Sainte-Ca- therine ne peuvent comprendre qu'on soit poli envers un adversai- re.

C'est parce que M. King nous a donné, durant la der- nière session, des preuves tan- gibles de son patriotisme véritable- ment canadien; c'est parce qu'il a fait entendre, à Londres comme à Ottawa, de salutaires avertisse- ments, que je lui ai donné mon loyal conicours, libre de toute faveur et de tout espoir comme de tout désir d'avantages personnels, prêt à tour- ner demain contre lui tout ce que je peux commander de forces et d'in- fluence, s'il venait à tomber dans les mêmes errements que ses prédé- cesseurs et ses rivaux. Mais c'est aussi à cause de son attitude nette- ment canadienne que M. King a mé- rité la colère t't les haines de tous les impérialistes, de tous les tenants de la doctrine antinationale qui a prévalu, de 1899 à 192L Nous, de la province de Québec, les plus an- ciens des Canadiens, les seuls Cana- diens dont toutes les attaches, tous les souvenirs et toutes les espéran- ces se coneenlrent sur la terre ca- nadienne, nous fvM'ons-nous les com^ plices (le s<'s ennemis, de ceux qui subordonnent l'idéal de la patrie ca- nadienne au triomi)he d'un Empire monstrueux, écrasant à la fois les libertés du monde et les nôtres?

Voilà pourlant la politique natio-

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nalc (le M. Mei.i»hiMi que souligne et parafe M. Patenaiule.

en est M. Meighen?

Dans l'ardeur de sa nouvelle lune de miel. M. Palcnaude s'efforce de nous faire croire que son conjoint, M. Meighen, a changé d'idée en ces matières. Où? Quand? En quoi? Est-ce le discours de Hamilton qui marque ce chan<ïemcnt? Ce dis- cours exposait la i^olitique de îfuerre de M. Meighen sans sa deuxième forme. En cas de con- flit le chef conservateur est d'avis qu'il faut mobiliser d'abord et tenir ensuite une élection pour savoir si nous devons faire la guerre. Pour- quoi mobiliser d'abord? M. Mei- ghen entendrait-il répéter la farce monstrueuse de 1917? On sait comment M. Meighen a tenu les élections cette année-là pour obte- nir une majorité qui voterait la conscription. I^es soldats votaient mais sans savoir pourquoi. Avec 200,000 ou 300.000 soldats dans les casernes, ce serait la même chose. M. Sieighen aurait-il plus de scrupules qu'en 1917? I.a cho- se est peu i)robable. L'incohé- rence et le danger de la politique estompée, l'automne dernier, au mo- ment de l'élection de Bagot, per- sonne ne les a plus clairement dé- montrés que notre éminent conci- toyen. M. Caban, aujourd'hui candi- dat conservateur dans la circons- cription Saint-Laurent-Saint-Geor- ges. Cette politique, yi. Caban l'avait démolie à Toronto, l'automne der- nier. Il en a dispersé les derniers vestiges à la fin de la dernière ses- sion. Où et quand M. Meighen pr-il tenté de la reconstruire? Quelles ga- ranties M. Patenaude peut-il présen- ter au peu])le de la province de Québec que telle est actuellement la politique du gouvernement dont il fait partie? Et si telle elle est, pourquoi aucun des collègues de M. Patenaude, à commencer par le pre- mier ministre lui-même, n'en souf- fle-t-il mot dans les provinces an-

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glaises? quelle réponse M. Patenau- de apporte-t-il, je ne dirai pas à la réfutation que j'en ai faite dès l'an dernier, mais à l'écrasement que lui a fait subir M. Cahan?

Denuis 25 ans, pour me tenir au courant de la situation j'ai fait pé- riodiquement des voyages en Euro- pe, le dernier après la guerre. Bien des Canadiens vont en Europe pour visiter le Moulin Rouge. J'aime mieux y fréquenter des gens qui peuvent me renseigner. C'est ainsi que j'ai pu me faire des relations précieuses dans la diplomatie, dans le monde politique, dans le monde religieux.

Et ie puis affirmer qu'aujour- d'hui les diplomates, les politiciens sérieux, en Europe, prévoient qu'il y a 19 chances sur 20 que la pro- chaine guerre voie la France et l'Angleterre se dresser l'une contre l'autre.

Des auditeurs crient: "Honte."

Non pas. Il suffit de consulter l'histoire pour se rendre compte que l'Angleterre ne ferait, en agis- sant ainsi, que maintenir ses tradi- tions. Elle ne peut permettre à au- cune nuissance de garder la supré- matiic sur le continent et de com- mander les avenues du commerce. C'est une vérité qui ressort de trois siècles d'histoire. Tour à tour l'Angleterre s'est appliquée à démo- lir la puissance (espagnole, puis la puissance fran<'aisc et la nuissance allemande. Voilà que la France re- prend un rôle de premier plan sur le continent. L'.\ngletcrre' doit alors la combattre et chercher h la terrasser. Tant qu'elK- n'aura pas réussi. e!le tendra à ce but. Mais {juand éclatera le conflit, laquelle de nos deux mères patries servi- rons-nous?

Le traité de I.ocarno sera étudié à la conférence impériale d'octobre. Quels engagements le Canada y prendra-t-11?

Nous pouv{)ns rester fidèles à nos attaches de coeur, garder des sym-

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pathies uour la France ou l'Angle- tcrro sans pour cela manquer à nos dievoirs envers notre patrie notre seule patrie, le (-anatla.

Si la France attaquait nos rives, notre devoir, si pénible soit-il, se- rait de défendre notre territoire.

Mais je répète aujourd'hui avec la même conviction qu'autrefois: aucune puissance au monde n'a le droit de nous demander, à nous Canadiens français, d'aller faire le £»uerre. à la France, en Europe, pou'' le bénéfice de l'Angleterre.

Mais dans le cas d'une guerre entre la France et l'Angleterre, voit- on ouelle serait la situation au Canada? Les coryphées de l'impé- rialisme feraient une ])ropai»ande à leur manière dans les provinces anglaises. Que feraient nos majors, que la dernière guerre avait tirés de la misère en les sortant de leurs bureaux?

Cette question de guerre est donc de premières importance pour no»re pays.

M. Meighm n'a pas voulu exposer nettement sa politique là-dessus. II anî-ait pu le faire sur la motion Woodsworth. C'est sir George Perley qui a répondu évasivement au nom du parti conservateur. Plus tard sur la motion de M. King. M. Mei- ghen a chargé M. Cahan de répon- dre. Le député de Saint-Laurent et Saint-Gtorges a tout simplement consacré la moitié de son discours à démolir la déclaration de Toronto ef l'autre moitié à écrabouiller le discours de Hamilton.

Quelle est donc, en cette matière, la nolitiqiie du parti conservateur uni?

Sur cetfe question ])rimordiale. dont la solution, au témoignage de l'un des écrivains anglais les plus avertis de notre époque, ^L Lionel Curtis, déterminera celle de tous nos problèmes nationaux, je n'exa- gère pas en affirmant, ajirès mûre réflexion, que M. Meighen, son parti et le plus grand nombre de ses can- didats de tout acabit et de toute

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couleur ne méritent nullement la confiance des vrais Canadiens, pour qui le salut suprême de la nation passe avant toute autre considéra- tion de parti, d'intérêt économique ou d'amitié personnelle. Par contre, tout porte M. King, ses partisans et ses alliés des provinces anglaises à poursuivre résolument la politique vraiment nationale qu'il a esquissée au moment du conflit gréco-turc, en 1922, qu'il a affirmée à la confé- rence impériale de 1923, qu'il a dé- finie plus nettement encore à la fin de la dernière session, et qu'il ac- centuera, l'automne prochain, s'il reçoit, le 14 septembre, les votes et l'appui moral que lui doivent tous les vrais Canadiens.

Les terres de l'Aiberta

Le second et le plus puissant des motifs qui m'ont rapproché de M. King et qui, à mon humble avis, de- vrait lui mériter la confiance de tous les nationalistes, au sens le plus large du mot et de l'idée, c'est son attitude sur la question des ter- res de l'Aiberta. Je n'en referai pas ici l'histoire ni la démonstration ju- ridique. Je me borne à vous rappe- ler les points essentiels.

Dans les trois provinces de l'Ouest, le parlement fédéral a con- servé l'administration du domaine public, dévolue ailleurs aux législa- tures provinciales. Dès 1872, le par- lement a créé les "réserves scolai- res", dont le i)rix de vente se capi- talise à Ottawa au i)rofit des écoles établies conformément aux lois pro- vinciales .En 1875, à l'instigation de ce grand Canadien, à la pensée lar- ge et haute. Edward Hlake, le par- lement fédéral a voté une loi orga- nique décrétant que, d;Mis toute l'étendue de ce vaste territoire, ca- 1holi(iui'S et i)rotestanls exerceront à i)er|)éfuité le droit d'avoir des écoles confessionnelles séi)arées. En 190.'). le parlement a constitué les provinces de i'.Mberta el de la Sas- katchewan. Dans une de ces heures de faiblesse el de complaisance,

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trop souvent répétées au cours de notre histoire, libéraux et conserva- teurs, à ri;xception de quelques uni- tés, ont sanctionné les atteintes por- tées, de 1892 à 1901, par le gouver- nement des Territoires, aux droits des minorités. Néanmoins, il en a gardé quelque chose: notamment, le droit à la séparation, et l'obligation, pour les gouvernements des provin- ces, de répartir équitablement, en- tre les écoles de la majorité et celles de la minorité, les subsides votés par la législature et les deniers pro- venant des "réserves scolaires", qui ont continué jusqu'ici d'être admi- nistrées par le gouvernement fédé- ral.

En janvier dernier, le gouverne- ment progressiste de l'Alberta, diri- gé par M. Brownlee, a conclu avec le gouvernement fédéral un arrange- ment dont l'objet principal est de remettre à la province la posses- sion et l'administration du domaine public ("nalural resources"), y compris les terres scolaires et le ca- pital accumulé à Ottawa depuis qu'on a commencé à vendre ces terres. Pour se former une idée de la valeur de ces réserves, il faut se rappeler que le capital réalisé jus- qu'ici, pour la seule province d'Al- berta, s'élève à 11 millions de pias- tres et qu'il reste encore à vendre 7 millions d'acres de terres sco- laires. Dans sa forme première, le traité ne contenait aucune clause re- lative aux droits de la minorité. Je signalai celle lacune à la Chambre dès le débat sur l'Adresse. La presS'C tory-orangiste, à la dévotion de M. Meighen et de son parti (y compris l'aile patenaudisle), a parlé de me- naces et de tentatives de chantage, sourdement organisées par les évo- ques de la province de Québec et formulées par leur porte-parole, Henri Bourassa. Kst-il nécessaire de vous dire que c'est un pur mensonge bleu orange? Il n'y a eu ni conspiration, ni menace d'aucune sorte. Sur cette simple observation formulée en Chambre, M. King et ses collègues, à l'unanimité, ont

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compris qu'il y avait une ques- tion d'élémentaire justice en même temps qu'une mesure de prudence et de saine politique. Ils ont donc rédigé une clause additionnelle, sti- pulant que le gouvernement de la province serait tenu, dans l'admi- nistration des "réserves scolaires" et l'emploi des fonds qui en pro- viennent, d'observer les dispositifs de la loi de 1872 qui a créé ces ré- serves et de la loi organique de 1905, qui garantit aux minorités leur part proportionnelle de tous les deniers affectés à l'instruction publique. Par la même occasion, on a confirmé à la Compagnie de la Baie d'Hudson les droits qu'elle détient du traité par lequel le Canada a pris possession des territoires du Nord-Ouest, en 1868.

L'émeute orangiste

Tout cela a paru si juste, si sim- ple, que M. Brownlee l'a accepté sans discussion et que la légisJature de l'Alberta l'a voté à l'unanimité, en première et en deuxième lecture, puis en comité général. Mais cela ne faisait pas l'affaire de l'aile oran- giste du parti conservateur. Le doc- teur Edwards, député de Frontenac, grand'maître des Orangistes du Ca- nada, ancien collègue de M. Meig- hen dans l'éphémère cabinet de 1921, et M. Hocken, l'un des députés conservateurs de Toronto et direc- teur de VOrange Senlinel, ont vio- lemment dénoncé la clause de ga- rantie ajoutée au traité King-Brown- lee. Comme toujours, ils ont trouvé l'occasion propice pour dénoncer dans toute la presse qui leur est af- filiée — et cola comprend presique tous les journaux actuellement dé- voués à la politique "nationale" de MM. Meighen et Patenaude les écoles séi)arées, la langue française, la "hiérarchie" catholique et ses séides, Mackenzie King et Henri Bourassa. Voilà de quelle façon opère le parti de l'unité nationale, si chère à l'âme candide de M. Pate- naude.

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M. Brownlec, pris de peur à la veille d'uiu' élection générale, fit suspendre la ratification en troisiè- me lecture du contrat et vint à Otta- wa demander la suppression ou la n'odification de la clause de garan- tie. Sans hésiter, M. King et ses col- lègues, protestants comme catholi- ques, s'y refusèrent énergiquement. Ils rappelèrent à M. Brownlec qu'il avait lui-même accepté cette clause, la trouvant essentiellement juste et oijportuiic. lis lui déclarèrent sans ambages que, prenant les terres, il devait assumer les obligations et les charges qui y sont attachées, comme tout autre acquéreur. Là-dessus, M. Browmlee retourna à Edmonton et fit mutiler par sa majorité la clause de garantie.

A Ottawa, le ministère et tous les députes libéraux tinrent ferme, ceux de la Saskatchewan tout autant que ceux du Québec; la majorité des progressistes aussi; mais quelques- uns de ceux-ci, les mêmes qui avaient voté contre le ministère au début de la session et qui devaient aider à le renverser quelques jours plus tard, entrèrent en pourparlers avec les tories. M. Bennett, aujour- d'hui ministre des Finances, donc principal collègu^e de M, Meighen et de M. Patcnaude, frère aîné de M. Patenaude, devant qui M. Patenaude devra s'incliner, si par hasard il est élu, comme l'enfant d'école de- vant le pion, ijartit i)our l'Alber- ta il fit de son mieux pour pro- longer la campagne orangiste en promettant que si le parti conserva- teur prenait le pouvoir à Ottawa, il remettrait à la province les "res- sources naturelles", y compris les terres et le fonds scolaires, "sans au- cune restriction gênante" lisez: sans garantie pour la minorité. Voi- en sont les choses. Et voilà aussi, avec l'attitude ferme de M. King sur la question impériale, la cause principale de la chute du mi- nistère. Comprenez-vous mainte- nant pourquoi je préfère M. King à M. Meighen?

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Edwards, Bernier, Cahan, Lavergne

De la Chambre elle est restée en suspens, la question de l'Alber- ta se trouve maintenant devant le public. Les libéraux en parlent peu, sauf M. Ernest Lapointe, (applau- dissements prolongés), dont les dé- clarations très nettes et très nobles méritent toute louange. Les con- servateurs, eux, en parlent beau- coup, mais d'étrange façon et dans un sens absolument contradictoire, selon public auquel ils s'adres- sent. Le docteur Edwards, ancien ministre de M. Meighen, et son ac- tuel candidat dans le comté de Frontenac, se glorifie d'avoir fait échec à l'entreprise criminelle de King, de Bourassa et des évèques catholiques, "ces perpétuels enne- mis de l'Empire britannique". Il adjure les électeurs de l'Ontario de maintenir les conservateurs au pou- voir afin de préserver la province de l'Alberta du chancre des écoles séparées. D'autre part, M. Bernier, candidat de M. Meighen dans la province du